THÈMES / HUNGER FOR TRADE

 

 

“continua messe senescit ager”
(les moissons répétées font vieillir les champs)

Publius Ovidius Naso

 

Dans le projet Hunger for Trade, à l’initiative du Schauspielhaus Hamburg, des théâtres de 9 pays, dont l’Inde, le Burkina Faso, le Brésil, l’Afrique du Sud et quelques pays européens, travaillent sur la problématique de la sécurité alimentaire et sur l’augmentation vertigineuse des prix des denrées alimentaires.

DUMPING

Quasiment 20% de la population mondiale souffre de la faim, alors que la surproduction gigantesque permettrait de nourrir 70% de gens supplémentaires sur terre.
Pour échapper à cette surproduction, les paysans reçoivent des subventions de production et d’exportation. Le G20, les 19 pays industrialisés les plus riches + l’Europe, dépensent environ 1 milliard de dollars par jour en subventions agricoles.
Grâce à cet argent, poulets, tomates et porcs atterrissent à des prix fortement réduits sur le marché africain. Si réduits, que les paysans locaux ne peuvent leur faire concurrence. Ce système opère sous la bannière du libre marché. Ensuite, les pays africains fuient vers les concepteurs de ce merveilleux système et s’échouent sur les côtes de Lampedusa. avec un peu de chance, ils parviennent à s’échapper et se retrouvent à Alméria, Espagne, où ils sont embauchés dans des conditions misérables comme cueilleurs de tomates. une industrie de la tomate avec une culture gigantesque mais un rendement hélas trop élevé pour pouvoir être écoulé, si ce n’est à des prix cassés sur le marché africain. La boucle est bouclée, inlassablement.
L’ONU a des banques de données et des bibliothèques pleines d’analyses et de recommandations avec une vision d’avenir, mais toute décision politique reste inexistante.
Des études récentes montrent que ce n’est pas la politique du libre marché qui a enrichi les pays, mais au contraire leur protectionnisme et la sauvegarde ciblée de leurs jeunes industries.
Si ce n’est pas l’exact opposé de ce la Fonds Monétaire international, le FMI, et la Banque Mondiale tentent d’imposer depuis 20 ans aux pays émergents, sous l’influence des pays riches.
Nos morceaux de sucre de Tirlemont atterrissent eux aussi, à des prix cassés, dans des resorts africains, alors que dans ces pays, ils disposent d’un sucre de canne de bien meilleure qualité, mais pas subventionné et donc plus cher.
L’Afrique du Sud est inondée de frites européennes surgelées. Dont 35% de Belgique. 87% des poulets surgelés au Cameroun viennent de Belgique et d’Espagne. Au Sénégale, 60% de Belgique et des Pays- Bas. Conséquence: 40% des éleveurs locaux de poulets ont dû fermer boutique.
Bienvenue à Lampedusa.

DU VENT

Après la crise bancaire, les spéculateurs boursiers actifs sur le marché immobilier ont fui en masse vers le marché des matières premières, avec des conséquences désastreuses sur les prix alimentaires.
Avec l’argent que vous et moi économisons gentiment tous les mois pour notre pension, on spécule à notre insu sur la nourriture, ce qui fait monter en flèche les prix que nous payons à la caisse.
A la bourse de Chicago où se négocient les matières premières, on vend chaque année 46 fois les tonnes totales de blé disponibles dans le monde entier.
On vend 46 fois plus que ce qui existe.
46 fois du vent.
Autrement dit, le monde virtuel prend le pas sur le monde réel.
Dans ce monde-là, il n’est pas question de pauvreté ni de faim.

Olivier de Schutter, rapporteur de l'ONU sur le droit à l'alimentation :"il faut changer de modèle"

Rencontre avec Jean Ziegler pour la parution de "Destruction massive"

PRODUCTIONS / MEST